Le mémorial

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Origine et objectif de l’association

Parmi les grandes organisations américaines de secours qui, dès le début de la première guerre mondiale, se sont fondées aux États-Unis dans le but de venir apporter une aide matérielle et un encouragement moral aux populations alliées éprouvées par la guerre, le FHLMF est une des plus considérables par les moyens mis en œuvre et l’organisation pratique.
Ses débuts, au demeurant forts modestes, remontent au mois d’avril 1916 , et sont le fruit de la persévérance de ses fondateurs, Madame Beatrice Chanler, épouse de W.A Chanler (grande fortune de l’Est des États-Unis) sénateur démocrate, lieutenant gouverneur de l’état de New York, et Monsieur J.C Moffat.
Déjà avant l’entrée en guerre de l’Amérique aux côtés des Alliés, madame Chanler avait fait œuvre de propagande française en réunissant dans un livre des jugements que divers représentants du monde intellectuel américain avaient portés sur la France. Ce livre « For France » fut édité par ses soins, et les produits de sa vente versés aux fonds de secours de l’œuvre qu’elle dirigeait déjà (connu sous le nom de French Heroes Fund, et à l’origine des « Lafayette Kits »)
J.C Moffat, d’origine écossaise, écrivain et organisateur de talent, avait dès le début de la guerre consacré tous ses efforts à la cause des alliés. Réformé en 1914, il s’installe aux États-Unis où il crée sans délai le « committee of Mercy » chargé de venir en aides aux populations victimes de la guerre. Face à l’immensité de la tache, et pour éviter la dispersion des efforts, M. Moffat eu l’idée de grouper les comités de secours existant déjà et organisa le « National Allied Relief Committee ». Il su par ailleurs réunir les moyens financiers importants afin de répondre à de telles attentes, en organisant d’immenses ventes de charité, ainsi trois « bazars des alliés » ouverts à New York et Chicago permirent de recueillir 1.500 000 dollars (somme considérable pour l’époque).
Parmi les œuvres rattachées aux « National Allied Relief Committee » existait donc depuis avril 1916 le « French Heroes Fund », qui devait peu de temps après prendre le nom de « French Heroes La Fayette Mémorial Fund », précisant d’avantage par cette nouvelle appellation son implication sur le territoire français , et qu’il se plaçait pour réaliser ce projet, sous le parrainage historique du général Lafayette.

Les différents volets du FHLMF : leur esprit , leur but

Le musée du souvenir à Chavaniac-Lafayette :

Au début le FHLMF n’envisageait que l’apport de sa collaboration à l’œuvre entreprise par Mademoiselle Thomson avec la « Vie Féminine », œuvre qui avait pour but de créer des ouvroirs pour les femmes sans travail et des ateliers pour les soldats français reformés. Mais cela paraissait trop peu au gré de nos amis américains. Sur ces entrefaites, apprenant que le château natal de Lafayette à Chavaniac (Haute-Loire) était à vendre, le comité de l’œuvre décida de le racheter à son propriétaire Gaston Pourcet de Sahune Dumottier de Lafayette.
L’achat du château offrait l’occasion unique de créer un musée capable, en y perpétuant le souvenir du héros des deux mondes, de contribuer à acquitter la dette contractée autrefois à son égard, on pouvait ainsi faire en France un autre Mount Vernon. Une première collection rassemblera les témoignages qui se rapportent à La Fayette et à la guerre de l’Indépendance, tandis qu’une seconde collection sera constituée de tous les souvenirs de la grande guerre de 1914. Ce musée concrétisera l’affirmation définitive de l’amitié franco-américaine qui unit autrefois ses deux grands ancêtres : La Fayette et Washington.
Toutefois l’installation complète du musée ne sera possible qu’à la fin du conflit, une fois la paix revenu. Cependant, ne voulant pas attendre davantage le moment de la réalisation pratique de ce musée, l’association décida de venir en aide aux enfants des soldats français morts au combat.

Orphelinat – Ecole de Chavaniac :

L’idée du FHLMF, en créant cette école en 1917, a été de faire de jeunes orphelins français des hommes actifs et capables, possédant une large et solide instruction générale.
Comité franco allié, le FHLMF ajoutera très rapidement au groupe français de l’orphelinat, des groupes de jeunes exilés polonais, puis russes et italiens.

Si l’idée première fut celle de l’orphelinat école, le constat de l’état de santé précaire et déficiente de nombreux orphelins, victimes de la guerre, encourage et justifie la création d’un centre d’accueil spécialisé à Chavaniac.

Préventorium :

Dés octobre 1918, le château fonde dans ses dépendances le préventorium Lafayette qui accueille les enfants affaiblis et malades. Sous la direction de médecins et infirmières, pour la plupart d’origine américaine, assistés par des instituteurs français, le préventorium soigne et instruit rapidement plus d’une cinquantaine d’enfants déshérités.
Le domaine de Lafayette est ainsi rempli d’enfants depuis 1918, mais auparavant d’autres étaient venus, parmi lesquels de nombreux parisiens.

Centres d’accueil annexes :

Lorsque au début de 1918, l’armée allemande décida le bombardement de Paris, le comité décida d’envoyer au château un grand nombre de petits parisiens. Ainsi pendant un mois, Madame Chanler, restée à Paris, organisa le transfert de ces enfants vers Chavaniac. Cependant, ne pouvant y contenir tous les hôtes que l’on souhaitait lui donner, de nouveaux centres d’accueil furent installés à Siaugues, Loudes, et à Saint Georges d’Aurac, villages qui faisaient partie de l’ancien fief de la famille de La Fayette. Puis comme cette organisation était encore insuffisante, un grand nombre d’enfants, dont l’entretien fut entièrement pris en charge par l’association, furent confiés à d’autres centres déjà existants. Ainsi le Couvent de la Visitation au Puy en Velay, et le château de Chadrac (dépendant des hospices de la ville du Puy en Velay) furent loués ou généreusement mis à la disposition de l’association. L’accueil et l’instruction des enfants s’y prolongea bien au-delà de la fin des hostilités, certains entreront par la suite à l’école de Chavaniac.

Bourses et Internat Washington-La Fayette :

Au terme de leurs études secondaires et dans l’attente de l’âge requis pour effectuer leur stage aux États-Unis, les jeunes étudiants vont bénéficier des bourses Washington-La Fayette créées par l’association afin de compléter leur formation. Reçus et entretenus à l’internat Washington Lafayette installé à Passy (quartier de Paris) , des programmes d’enseignement largement inspirés des méthodes américaines assurent une formation complète (scolaire, morale, physique, linguistique) et les préparent aux concours d’entrée des grandes écoles nationales. Le Comité d’Organisation était dirigé aux États-Unis par Monsieur Pierpont Morgan.

Toutefois le FHLMF n’a pas limité son action au seul secours des orphelins et enfants malades. En effet, avec la création de « l’Emergency Committee » et du « Vestiaire », il va concourir à l’assistance des réfugiés, au soutien des prisonniers de retour de captivité, au secours des nombreuses détresses individuelles, en finançant les multiples œuvres qui se consacrent à ces actions.

L’organisation du French Heroes La Fayette Mémorial Fund

Pour repartir son effort d’une manière aussi efficace en France, le FHLMF se devait de disposer de fonds considérables. La réussite de cette action repose essentiellement sur l’organisation mise en place par Monsieur Moffat, chairman du comité de New York. Installé prés de la cinquième avenue, les bureaux du committee vont compter prés d’une centaine de collaborateurs en charge de gérer les contributions de plus de 150 000 donateurs.

Les énormes fonds collectés sont envoyés à Paris, où le FHLMF a son siège rue Marbeuf. Le comité parisien y assure la gestion et le bon fonctionnement des œuvres de l’association. Chaque branche de cet organisme est gérée par un comité propre à chacune d’elles. Paul Painlevé, Léon Bourgeois, tous deux anciens ministres, V.R Berry (pst de la Chambre de Commerce Américaine) et J.R Carter (vice président de la banque Morgan), présideront certains de ces comités.

On compte parmi les membres honoraires de cette association Messieurs : Clemenceau, Briand, Herriot, Barthou, Painlevé, Lyautey, Anatole France, etc.

Son bureau siège sous la présidence d’honneur de G.Clemenceau, et peut compter sur le soutien du Général Pershing, membre directeur.

L ‘évolution du French Heroes Lafayette Memorial Fund.

En 1920, Monsieur Moffat annonce que dès le retour de la paix l’Amérique fermera ses œuvres de secours de guerre en l’espace de dix huit mois. Afin de poursuivre l’œuvre engagé par le FHLMF , l’association américaine « Mémorial Lafayette Inc » présidée par J.Moffat sera créée en 1921 et disposera de la pleine propriété du domaine Lafayette à Chavaniac dont l’administration sera confiée à Madame Le Verrier. Dans les premières années, chaque institution (collège, préventorium, château) dispose d’une administration séparée.

Rapidement de nombreux travaux s’imposent. De 1920 à 1925 le château est restauré, de nouvelles pièces sont aménagées dont un appartement pour les Moffat ; les commodités les plus modernes pour l’époque sont installées (eau courante, électricité, téléphone, chauffage central).
Parallèlement à ces travaux de mise en valeur de la demeure natale de Lafayette, parmi lesquels l’aménagement d’un parc, le préventorium s’implantera à un kilomètre du château, une piscine, des tennis, des terrains de sport seront construits dotant ainsi le préventorium et le groupe scolaire d’une infrastructure unique en France.

En 1926, l’école sera remplacée par un collège. En 1931 le préventorium englobe le collège et s’engage vers une autonomie qui aboutira en 1937 à la création de l’association « Lafayette Préventorium Inc ». Plus d’une centaine d’éducateurs, médecins, artisans, seront alors employés par cette institution qui comptera jusqu’à cinq cents lits.

Le château, propriété du Mémorial Lafayette, continuera à fonctionner avec des fonds récoltés principalement aux États-Unis.

En 1938, J.Moffat quitte l’Europe où il ne reviendra qu’en 1946. Durant la seconde guerre mondiale le Préventorium poursuit son activité dans des conditions très difficiles. Des classes et des dortoirs seront installés au château pour en éviter la réquisition par les nazis . Y seront accueillis, dans la plus grande clandestinité, de nombreux enfants juifs.

De 1950 à 1966, le préventorium est considéré comme un établissement de soins remarquable sur le plan médical. Les effectifs y varient sensiblement avec la réduction des cas de primo-infections. Fin 1966, le préventorium est transformé en centre de bronchologie et prend le nom de « Centre Lafayette ».
En 1974, le « Lafayette Préventorium » devient un Centre d’Assistance Sociale Spécialisé » ( CASS) dont la direction est assurée par du personnel de l’Éducation Nationale. En 1993, le CASS évolue vers un statut associatif ( ACASS) qui marque la fin définitive des liens avec le « Mémorial Lafayette ». En 2007, l’association fusionne avec l’APEP 43 ( Association des Pupilles de l’Enseignement Public – délégation Haute Loire), et devient un Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique (ITEP). En 2008, le site est fermé par décision de la DASS, et l’ITEP restructuré en plusieurs centres répartis sur le Département.

En 1966, après la mort de J.Moffat, enterré avec son épouse dans le parc du Château de Chavaniac, l’association « Mémorial Lafayette Inc. » obtient le statut d’association de droit français et poursuit la mission du Mémorial sous la direction d’administrateurs originaires de la Haute Loire. En 1974, grâce à l’aide financière du Rotary, des travaux de restauration sont entrepris dans le château, l’ancien musée est transformé en Historial. En 1989, le château de Chavaniac et son parc sont inscrits sur l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Dans les années 1990, après de nombreuses difficultés financières, le Mémorial s’engage sur une nouvelle voie de développement. Grâce à l’aide du Conseil Général de la Haute-Loire, et au mécénat de la Cie Chimique Merck Sharp une nouvelle muséographie remplace l’ancien Historial. En 2009, en accord avec l’association « Mémorial Lafayette » le château de Chavaniac Lafayette devient une propriété départementale, gérée par le Conseil Général de Haute Loire.

« Lafayette nous voici.. »

25 000 enfants français, russes, italiens, polonais : orphelins de guerre où enfants à la santé précaire, seront accueillis, soignés et éduqués à Chavaniac Lafayette de 1917 à la fin des années 1960. L’œuvre conduite par Mme Chanler et poursuivie par M. Moffat prouve la reconnaissance du peuple américain qui en exprimant son affection et sa gratitude envers celui qui l’avait si efficacement secourue fait mieux ainsi que de s’acquitter d’une dette historique. Le Mémorial Lafayette en assurant cette charge avec une volonté sans défaillance, rappelle le mot d’ordre donné en 1783 par Washington à ses troupes : Amérique & France, et son mot de ralliement « Unies à jamais ».

Sources :
- Archives Départementales de Haute-Loire ( Fond Mémorial Lafayette)
- H.Donnet – Chavaniac Lafayette, le Manoir des deux Mondes – édition le cherche midi.

Portfolio

John Moffat Beatrice Chanler